22 juillet 2008
« La société n’a pas pris soin de m’annoncer son décès »

Une heure après le drame, le PDG de Schindler France était sur les lieux. Dans un communiqué, le groupe, qui s’est déclaré « très affecté par ce drame », a tenu à « exprimer son émotion et partager la douleur des familles ». Mais non content d’avoir attendu la fin d’après-midi pour avertir les membres du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de l’entreprise, Schindler, comme le sous-traitant, n’a même pas pris la peine d’informer la compagne de Gheorghe Banescu. « J’ai appris qu’il était mort, le mercredi suivant », raconte l’intéressée, Aurelia Laposi. « Pendant quatre jours, j’ai appelé les hôpitaux. Je ne comprenais pas pourquoi Gheorghe ne donnait pas de nouvelles. Puis j’ai fini par rencontrer un Roumain qui m’a dit qu’un accident mortel avait eu lieu le samedi. Mais il ne savait pas comment s’appelait la victime. » Aurelia Laposi s’est donc rendue dans un commissariat où, après avoir attendu plusieurs heures, elle a eu confirmation de la terrible nouvelle. Et appris qu’une enquête judiciaire a été ouverte.
Selon la législation, dans le cas où un accident de travail a entraîné la mort, les ayants droit peuvent prétendre à une rente. Sauf que Gheorghe Banescu travaillait au noir. « Il n’avait suivi aucune formation et n’avait pas signé de contrat de travail », a découvert Aurelia Laposi après son décès. Elle a bien retrouvé une demande d’autorisation de travail accordée, mais celle-ci concernait un autre employeur qui finalement n’avait pas fait appel à son conjoint. Une situation qui semble avoir incité là se dédouaner de ses droits vis-à-vis de la victime. « Comas m’a dit que je ne pouvais pas faire valoir l’accident de travail car mon concubin n’était pas déclaré », raconte cette femme endeuillée, qui se retrouve aujourd’hui seule et sans ressource pour élever sa fille Alexandra mais aussi subvenir aux besoins de ses deux autres enfants à qui elle envoie « de 30 à 50 euros tous les mois ». Conseillée par un avocat, Aurelia Laposi a porté plainte contre la société Comas et l’entreprise Schindler pour « homicide involontaire » et « travail dissimulé ». Dans sa plainte, elle rappelle ses droits : « Selon un arrêt de la Cour de cassation rendu le 11 février 2003, un accident survenu à un salarié au temps et lieu du travail est un accident du travail, la circonstance que l’employeur soit reconnu coupable du délit de travail dissimulé n’ayant pas d’incidence sur le droit de la victime à la protection de la législation sur les accidents du travail. De ce fait, il (Comas - NDLR) se devait de faire cette déclaration dans les 48 heures. »
Seul geste de largesse accordé par l’entreprise sous-traitante, créé par un jeune Roumain qui emploie des compatriotes : 4 000 euros en liquide donné de la main à la main, initialement pour les frais d’obsèques. Mais, la municipalité où réside Aurelia ayant tout pris en charge, Comas a consenti à lui donner cet argent, « contre reçu », équivalent à trois mois de salaire, « jusqu’à ce qu’Alexandra rentre à l’école, en septembre ». Après, charge à Aurelia de trouver un travail.
Alexandra Chaignon
| Sade, un vauclusien parmi nous |
| 21-07-2008 | |
|
| Radovan KARADZIC |
|
L'ancien dirigeant serbe bosniaque inculpé de génocide devrait être jugé par le tribunal pénal international. Inculpé pour les atrocités commises pendant la guerre en Bosnie, Radovan Karadzic, 63 ans, a vécu plus de douze ans en clandestinité dans les territoires serbes de Bosnie ou en Serbie. |
Entretien avec Jean Barra, spécialiste des questions énergétiques à la CGT
Dans un communiqué du 18 juillet 2008, la CGT fait un rapprochement entre les défaillances du management et du dialogue social et les incidents nucléaires des derniers jours. Comment cela est-il possible ?
Jean Barra. La CGT demande depuis longtemps la mise en place des CHSCP (Conseil supérieur d’hygiène publique de France) des sites. L’administration a toujours refusé. Il y a une volonté de ne pas donner trop de liberté d’expression aux salariés au sein des sites nucléaires. Les salariés devraient pouvoir donner leur opinion. C’est le meilleur gage pour pouvoir intervenir le plus rapidement possible lors des dysfonctionnements. Or l’occasion ne leur est pas toujours donnée de pouvoir s’exprimer. La CGT souhaite que les salariés puissent intervenir sur les problèmes ! La politique actuelle consiste en des mesures conjoncturelles pour éliminer les dysfonctionnements. Mais il faudrait aussi des mesures de fond, allant au-delà des phénomènes les plus visibles. Il faut améliorer en profondeur les conditions de fonctionnement de l’ensemble des installations nucléaires. Ce sont des installations sensibles, sur lesquelles la population a toujours un oeil vigilant. À l’inverse de cette réflexion de fond, on assiste à une systématisation du recours à la sous-traitance et au travail précaire. Une meilleure maîtrise de l’ensemble des opérations pourrait éviter des incidents comme celui survenu au Tricastin.
Comment peut se traduire une meilleure maîtrise ?
Jean Barra. Elle se traduit par le fait que les principales entreprises du secteur assument la totalité de leurs responsabilités. Aujourd’hui, le recours à la sous-traitance est une façon pour ces entreprises de se protéger derrière des PME sur lesquelles on exerce une pression financière qui tend à dégrader les conditions de réalisation des opérations. La nomination d’un nouveau directeur à l’usine Socatri (filiale d’Areva) sur le site du Tricastin n’est pas suffisante. Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, est responsable. Elle ne peut pas se cacher ainsi derrière les sous-traitants.
Pourquoi la CGT demande-t-elle la tenue d’une table ronde ?
Jean Barra. Pour impliquer l’ensemble des opérateurs : les organisations syndicales, les entreprises et les pouvoirs publics. Ces derniers sont garants de la sécurité nucléaire sur l’ensemble du territoire. Le fait que l’État soit le principal actionnaire d’entreprises qui opèrent dans le secteur nucléaire est une garantie certaine. Pour progresser, on doit continuer avec ces entreprises en cherchant à améliorer ce qui a été fait jusqu’à présent. On dégradera les conditions de réalisation du nucléaire si on autorise l’entrée d’entreprises privées dans cette filière. L’unicité de traitement de l’ensemble des réacteurs français présents et à venir est une garantie de la qualité d’exploitation des centrales.
Quels peuvent être les moyens d’action pour garantir la sûreté nucléaire ?
Jean Barra. Il faut arrêter les politiques de réduction des coûts à court terme et se donner des conditions de travail qui soient dignes d’une filière très prometteuse en perspectives énergétiques.
Entretien réalisé par Mathilde Hamet
Dans l’édition de l’Humanité des débats de samedi 19 juillet 2008
Révision constitutionnelle
La réforme adoptée par le Parlement avec une voix d'avance
Quel que soit le résultat qui sera celui du Congrès de Versailles, ce soir, Nicolas Sarkozy est déjà assuré d’un premier échec : celui d’une adhésion large conférant une légitimité incontestable à sa réforme des institutions.
Présentée comme la plus importante depuis 1958, celle-ci aurait dû être soumise aux Français par référendum, comme le prévoit la Constitution. Méfiant envers ce type de consultation, le chef de l’État lui a préféré le Congrès.
Mal lui en a pris. Le vote de ce soir, qui requiert une majorité des trois cinquièmes, s’annonce extrêmement serré, et son issue, imprévisible. Seul un consensus « au-dessus des partis », appelé de ses voeux par François Fillon, aurait en effet pu faire oublier le refus de l’assentiment populaire. L’exécutif ne peut même pas se prévaloir du sondage IFOP pour le Journal du dimanche, selon lequel 63 % à 89 % des Français « plébisciteraient » différents points de la réforme, ceux-ci ayant été privés du débat public indispensable pour confronter les opinions.
DES PARTIS DIVISÉS SUR LE FOND
Nicolas Sarkozy ne veut voir dans ces circonstances que le fruit de « calculs partisans » de ses opposants. La réalité est plus complexe. L’erreur de la droite est d’avoir sous-estimé les clivages anciens qui divisent les formations politiques sur le type de régime qui convient au pays.
À gauche comme à droite, difficile de trouver une position unie. Si le PS condamne aujourd’hui l’ « aggravation du présidentialisme » dans la réforme, caractérisée par l’intrusion présidentielle au Parlement, il n’a pas toujours été aussi catégorique. En témoignent les querelles toujours vivaces entre partisans d’un régime à dominante présidentielle et supporters d’un régime gouvernemental. Lionel Jospin en son temps, Dominique Strauss-Kahn et d’autres ont marqué leur préférence pour un régime où le véritable chef de la majorité serait le président de la République. Le passage au quinquennat et l’inversion du calendrier électoral, souhaités par Lionel Jospin, penchaient dans ce sens. À l’inverse, Laurent Fabius, et surtout Arnaud Montebourg sont des partisans historiques d’un régime gouvernemental où le chef de l’État s’effacerait derrière le premier ministre, véritable chef d’un exécutif responsable devant le Parlement. Au congrès du Mans, en 2005, les socialistes ont finalement tranché pour… une « nouvelle République parlementaire ». Les choses se sont compliquées récemment quand Laurent Fabius a levé son préalable du refus de la venue du président de la République au Parlement, tandis qu’Arnaud Montebourg s’est fait le chantre, contre les réserves de certains de ses amis, d’un « compromis bipartisan » avec l’UMP sur la réforme Sarkozy, abandonnant de facto son exigence d’une VIe République.
De leur côté, les communistes refusent depuis toujours la logique d’abaissement du Parlement et de personnalisation du pouvoir au coeur de la Ve République, que Nicolas Sarkozy veut pousser au bout. Partisans d’une VIe République parlementaire, sociale et participative, où la souveraineté reviendrait en premier lieu au Parlement et aux citoyens, ils ne partagent pas l’idée d’un régime gouvernemental, qui reviendrait à redistribuer le pouvoir entre les mains de ceux qui l’ont déjà.
LE RÉFÉRENDUM, SEULE ISSUE LÉGITIME
À droite, le paysage n’en est pas moins éclaté, entre partisans du statu quo, opposés au retour du « régime des partis » de la IVe République avec l’ouverture des prétendus « nouveaux droits » du Parlement, et les tenants d’une présidentialisation parachevant le quinquennat et l’inversion du calendrier. Parmi les premiers figurent les gaullistes et les chiraquiens, dont Jean-Louis Debré, Pierre Mazeaud et des députés, comme Jean-Pierre Grand, Jacques Le Guen, etc. Entre les deux, les centristes ont du mal à choisir, sensibles aux avances de la majorité, mais méfiants quant à un bipartisme présidentiel qui les marginaliserait. « Pour les uns, je ne vais pas assez loin, pour les autres, je vais trop loin », résumait Nicolas Sarkozy dans le Monde. Un consensus introuvable qu’accentue encore la nature hybride de la Ve République, selon certains constitutionnalistes, sorte de « dyarchie » entre un premier ministre responsable devant le Parlement et un chef de l’État intouchable aux pouvoirs sans pareil. La seule manière de sortir de ce dilemme aurait été d’ouvrir un vaste débat dans l’opinion conclu par un référendum, comme l’a réclamé le PCF. Faute de cela, le piège pourrait bien se refermer sur la droite, ce soir.
Sébastien Crépel
Dans l’édition de l’Humanité du lundi 21 juillet 2008
«Je suis né pour vivre sans tombeau et ce corps humain ne mourra jamais; il n’est pas né seulement pour sentir les fleurs, mais aussi pour incendier, tuer, et tout réduire en poussière…» Radovan Karadzic.