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Mercredi 23 Juillet 2008
Sade, un vauclusien parmi nous
21-07-2008
 
 

 

Portrait. L’enfant maudit des bibliothèques fut aussi un enfant du pays. Du Luberon à la Bastille la figure du divin Marquis se détache sur le firmament des esprits libres.

 

Impossible bien sûr de dresser ici un portrait exhaustif et détaillé de celui qui restera pour toujours le divin Marquis, celui qui vécu une double Bastille : celle des lettres de cachets et celle des Lettres tout court.
Donatien Alphonse François est né à Paris le 2 juin 1740, de Jean Baptiste François comte de Sade, héritier d’une des plus anciennes maisons de Provence, seigneur de Saumane et de Lacoste, coseigneur de Mazan, et de Marie Éléonore de Maillé de Carman, parente et « dame d’accompagnement » de la princesse de Condé.


En 1744 il est confié à sa grand mère avignonnaise, puis à la charge de son oncle paternel, l’abbé Jacques-François de Sade, libertin notoire et fin lettré, ami de Voltaire et locataire à vie du château de Saumane. Le petit neveu partage les jeux des enfants du voisinage, libre de parcourir la campagne vauclusienne, notamment aux abords de la Sorgue.
A dix ans, il entre au collège Louis le Grand, établissement parisien où il fit ses études jusqu’à la troisième seulement. Il assistera aux représentations théâtrales organisées par les pères jésuites et la passion pour l’art théâtral et la littérature dramatique ne le quittera plus.


Il n’a que 17 ans quand il prend part à la guerre de Sept Ans contre la Prusse. Il finira capitaine au régiment de Bourgogne cavalerie avec l’appréciation suivante : « joint de la naissance et du bien à beaucoup d’esprit ». Cependant sa réputation est déjà fort mauvaise. Il est joueur, prodigue et débauché. Il fréquente les coulisses des théâtres et les maisons des proxénètes. Pour mettre fin à ce comportement le comte de Sade, son père, cherche à le marier au plus vite. La riche héritière choisie sera Renée Pelagie de Montreuil. Mais le mariage ne l’assagit pas. La même année (1763) il inaugure son premier jour de prison pour « débauche outrées ». En 1768 il est assigné à résidence dans son domaine de Lacoste après l’affaire d’Arceuil tranchée par le roi lui même. De retour sur ses terres il donne bals et concerts.

Mais un séjour à Marseille et un nouveau scandale le remet entre les mains de la justice. On l’accuse d’empoisonnement alors que la réalité fait état d’un simple aphrodisiaque. Aujourd’hui il est établi que les accusations servaient en fait un pouvoir politique qui visait la réputation du beau père de Sade. Quatre ans plus tard c’est encore un « abus de pouvoir » qui est à l’origine de son incarcération au donjon de Vincennes, mais cette fois ci à l’initiative de sa belle mère, « la présidente ».

Relaxé dans un contexte politique changé, il n’en est pas moins poursuivi. En 1778 il réussit à s’enfuir par le Rhône et retourne imprudemment à son château. Il y est arrêté le 26 août, et atterrit à la Bastille. La période révolutionnaire ne changera pas grand chose pour lui, même s’il fait partie un temps de la section des Piques. En 1793 il est à nouveau arrêté et condamné à mort. Il échappe miraculeusement à la guillotine. Mais il reste le « grand maudit », récupéré par l’asile napoléonien et bourgeois. Il s’éteint d’ailleurs dans l’asile de Charenton le 1er décembre 1814, « détenu sous tous les régimes. »

Tony di Troia

  
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