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Pseudo: masson bCatégorie: PolitiqueDescription:
Conseillère PCF des 9e et 10e arrondissements de Marseille (5e secteur).
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Mercredi 23 Juillet 2008
Sade, un vauclusien parmi nous
21-07-2008
 
 

 

Portrait. L’enfant maudit des bibliothèques fut aussi un enfant du pays. Du Luberon à la Bastille la figure du divin Marquis se détache sur le firmament des esprits libres.

 

Impossible bien sûr de dresser ici un portrait exhaustif et détaillé de celui qui restera pour toujours le divin Marquis, celui qui vécu une double Bastille : celle des lettres de cachets et celle des Lettres tout court.
Donatien Alphonse François est né à Paris le 2 juin 1740, de Jean Baptiste François comte de Sade, héritier d’une des plus anciennes maisons de Provence, seigneur de Saumane et de Lacoste, coseigneur de Mazan, et de Marie Éléonore de Maillé de Carman, parente et « dame d’accompagnement » de la princesse de Condé.


En 1744 il est confié à sa grand mère avignonnaise, puis à la charge de son oncle paternel, l’abbé Jacques-François de Sade, libertin notoire et fin lettré, ami de Voltaire et locataire à vie du château de Saumane. Le petit neveu partage les jeux des enfants du voisinage, libre de parcourir la campagne vauclusienne, notamment aux abords de la Sorgue.
A dix ans, il entre au collège Louis le Grand, établissement parisien où il fit ses études jusqu’à la troisième seulement. Il assistera aux représentations théâtrales organisées par les pères jésuites et la passion pour l’art théâtral et la littérature dramatique ne le quittera plus.


Il n’a que 17 ans quand il prend part à la guerre de Sept Ans contre la Prusse. Il finira capitaine au régiment de Bourgogne cavalerie avec l’appréciation suivante : « joint de la naissance et du bien à beaucoup d’esprit ». Cependant sa réputation est déjà fort mauvaise. Il est joueur, prodigue et débauché. Il fréquente les coulisses des théâtres et les maisons des proxénètes. Pour mettre fin à ce comportement le comte de Sade, son père, cherche à le marier au plus vite. La riche héritière choisie sera Renée Pelagie de Montreuil. Mais le mariage ne l’assagit pas. La même année (1763) il inaugure son premier jour de prison pour « débauche outrées ». En 1768 il est assigné à résidence dans son domaine de Lacoste après l’affaire d’Arceuil tranchée par le roi lui même. De retour sur ses terres il donne bals et concerts.

Mais un séjour à Marseille et un nouveau scandale le remet entre les mains de la justice. On l’accuse d’empoisonnement alors que la réalité fait état d’un simple aphrodisiaque. Aujourd’hui il est établi que les accusations servaient en fait un pouvoir politique qui visait la réputation du beau père de Sade. Quatre ans plus tard c’est encore un « abus de pouvoir » qui est à l’origine de son incarcération au donjon de Vincennes, mais cette fois ci à l’initiative de sa belle mère, « la présidente ».

Relaxé dans un contexte politique changé, il n’en est pas moins poursuivi. En 1778 il réussit à s’enfuir par le Rhône et retourne imprudemment à son château. Il y est arrêté le 26 août, et atterrit à la Bastille. La période révolutionnaire ne changera pas grand chose pour lui, même s’il fait partie un temps de la section des Piques. En 1793 il est à nouveau arrêté et condamné à mort. Il échappe miraculeusement à la guillotine. Mais il reste le « grand maudit », récupéré par l’asile napoléonien et bourgeois. Il s’éteint d’ailleurs dans l’asile de Charenton le 1er décembre 1814, « détenu sous tous les régimes. »

Tony di Troia

  
Jeudi 15 Mai 2008

Mai 68 : chronologie des évènements

Humanite.fr vous propose la chronologie inédite (version intégrale) allant de 1966 à fin 1969 réalisée par Nicolas Devers-Dreyfus pour le numéro hors-série de l’Humanité.

Cette année belle et terrible
Se pare l’épaule de plaies
Le mal et le bien s’y ressemblent
Mais à quel jeu jouent-ils ensemble
Enfer
Donnant pour paradis
Qui tirent le point du mensonge
Comme aux dés les joueurs maudits
Il souffle un affreux vent d’avenir vers demain

Poèmes des années soixante
Aragon, L’année (XXII) ; Poème de la Saint-Sylvestre
L’Œuvre poétique, Tome XV

1966

  • 9 mars
    La France dénonce sa participation au système de défense intégré de l’OTAN. En conséquence, les Bases militaires américaines en France se replient sur la Belgique, l’Espagne et l’Italie.
  • 17 mai
    A l’appel de la CGT et de la CFDT, succès de la grève générale.
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  • 30 août
    A Pnom-Penh le général De Gaulle prononce un discours très critique sur la politique américaine dans le monde, et demande aux Etats-Unis de se retirer du Vietnam.
  • Décembre
    Début de l’agitation sociale aux usines Dassault de Bordeaux, qui se poursuit jusqu’en février 1967.

1967

  • Février
    Début de la grève à l’usine Rhodiacéta à Besançon. Elle s’étend jusqu’en mars aux usines de Vaise et de Saint-Fons (69). La police intervient à Besançon le 24 mars.
  • Mars
  • Débrayages et grèves à Berliet Vénissieux. Intervention des CRS Grèves aux chantiers navals de Saint-Nazaire, dans la métallurgie, à Sud-Aviation, à la Cellophane dans l’Ain.
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Le Torrey Canyon
  • 18 mars : Première grande marée noire : Echouage du supertanker Torrey Canyon, appartenant à une filiale libérienne de l’Union Oil Company of California. 121 000 tonnes de pétrole souillent 180 kilomètres de côtes britanniques et françaises.
  • Élections législatives : La gauche frôle la victoire malgré le découpage électoral. Au premier tour, le PCF, par rapport aux élections législatives précédentes de 1962 gagne plus d’un million de voix, passant de 3900 000 suffrages à 5040 000, avec 22,5 % des exprimés. Sur 478 sièges, la majorité a 245 élus et l’opposition 197. Les défaites électorales de 1958 et 1962 sont effacées.
  • Avril
    Grève des mineurs de fer de Lorraine, qui gagne à la sidérurgie. Nouvelle grève à Rhodia-Vaise (69) et chez les Thomson à Lesquin.
  • Juin
    Grève chez Ducellier (2 usines) avec séquestration.
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Guerre des 6 jours
  • 5 juin Israël déclenche la guerre « préventive » des six jours, contre l’Egypte, la Syrie et la Jordanie. Défaite des pays arabes occupation de la bande de Gaza, du Sinaï, de la rive ouest du Jourdain et du plateau du Golan.
  • 15 juin
    Vers un programme commun de gouvernement ? Création d’un groupe de travail avec le PCF et la FGDS pour « dégager des convergences » vers des objectifs communs.
  • Eté
    Grève à l’usine Perrier de Vergèze (Gard)
  • Juillet
    Nigéria : Début de la guerre de sécession de la province du Biafra, province riche en pétrole, dont la partition est soutenue parles compagnies Shell, BP et Américain Overseas. La guerre avec ses mercenaires occidentaux et ses exactions entraînera une terrible famine. 2 millions de personnes environ mourront de faim, de soif et d’épidémie.
  • 24 juillet
    Montréal : Discours de de Gaulle « Vive le Québec libre ! ». Le Général est obligé d’écourter son voyage d’Etat au Canada.
  • 30 août
    Sortie dans les salles du film prophétique de Jean-Luc Godard « la Chinoise », qui annonce les événements de mai 68.
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Manifestation devant le Pentagone en octobre.
  • Octobre
    Washington : Manifestation de masse contre la guerre au Vietnam devant le Pentagone. Violente répression par la Garde nationale.
  • Grève des Hutchinson à Chalabre (Aude) –Mouvements et affrontements chez Jeumont-Schneider, Glaenzer-Spicer et Renault-le Mans . Egalement à Mulhouse.
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Mort d’Ernesto Che Guevarra
  • 8 octobre
    Mort de Che Guevara, capturé puis exécuté par l’armée bolivienne
  • À l’automne : nombreuses manifestations contre la guerre au Vietnam, à l’appel du PCF et de la CGT, et du Comité Vietnam National. Le 26 novembre, manifestation nationale à Paris. 60.000 jeunes venus de toute la France défilent à l’appel du Mouvement de la Jeunesse Communiste.
  • 30 novembre
    Jean-Paul Sartre est appelé à la présidence du tribunal Russel, constitué pour faire la lumière sur les crimes américains au Vietnam.
  • Décembre
    Grèves, débrayages, violents incidents à Rodhiacéta (Lyon-Vaise) contre la suppression de 2000 emplois dans le groupe.
  • 28 décembre
    Contraception : Adoption de la loi Neuwirth, qui autorise la fabrication, l’importation et la vente de contraceptifs, mais en interdit la publicité, comme toute information anti-nataliste.

1968

JANVIER

  • Ça bouge dans les lycées… La révolte grandit dans lycées, contre le manque de moyens pour étudier et pour une vie démocratique.
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A l’initiative, tantôt des formations politiques trotskistes (Jeunesse Communiste Révolutionnaire, Alliance Marxiste Révolutionnaire), tantôt des Jeunesses Communiste, se créent de nombreux comités d‘action lycéens en février et Mars.

  • Et chez les étudiants, qui en 8 ans sont passés de 200.000 à 600.000. Une fraction importante de ceux-ci entrent en politique contre la guerre américaine au Vietnam, tandis que montent les revendications pour une réforme de l’université et un statut démocratique de l’étudiant (Bourses et conditions de vie). Du 15 au 30, incidents à la Faculté des lettres de Nanterre.
  • Caen (Calvados) : Grèves ouvrières à la Saviem , à la Sonormel, chez Jaeger entraînant par la solidarité la grève à la société Métallurgique de Normandie, chez Radio Technique et Moulinex, violents affrontements.
  • Nouvelle grève à l’usine Perrier de Vergèze (Gard).
  • 2 janvier, Le Cap : Le professeur Chris Barnard réalise la première transplantation cardiaque réussie ; les deux premières avaient échoué.
  • 2 janvier, Création du Parti Communiste Marxiste Léniniste de France (PCMLF) « pro-chinois ».
  • 5 janvier, Prague : Démission de Anton Novotny, remplacé à la tête du Parti communiste tchécoslovaque par Alexandre Dubcek
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Waldeck Rochet, Secrétaire général du PCF.
  • 9 janvier , Accord entre le PCF et la FGDS, qui demandent la réunion d’une session du Parlement contre la ratification des ordonnances antisociales prises par le gouvernement Pompidou, ainsi qu’une discussion sur les questions européennes. Le Parti communiste continue les discussions, avec la FDGS d’un côté, le PSU de l’autre, dans la perspective d’un programme commun de gouvernement.
  • 22 janvier, Le « Pueblo », bateau espion de l’US Navy est capturé dans la mer du Japon par la marine de Corée du Nord.
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Saïgon, 1er février. Lors de "l’offensive du Têt", le chef de la police du sud-vietnam exécute un officier communiste. Eddie Adams, le photographe, recevra le prix Pulitzer.
  • 23 janvier , Un avion B52 transportant 4 bombes atomiques s’écrase au Groënland.
  • 27 janvier, Le sous-marin français « Minerve » est perdu au large de Toulon : 52 morts.
  • 30 janvier, Décolonisation : La France quitte la grande base navale de Mers-el-Kebir, en Tunisie.
  • Madrid : la police occupe l’université.
  • Sud -Vietnam : l’offensive du Têt. Violente offensive du FNL sur tout le territoire. Le 30, le FNL pénètre à Saïgon ; combats jusqu’à l’ambassade américaine.

FEVRIER

  • Berlin : manifestation de milliers d’étudiants contre la guerre au Vietnam
  • Marseille : Grève au Moteurs Baudoin
  • Un poète annonciateur, Alain Jouffroy Les éditions Gallimard publient le recueil « trajectoire » écrit de janvier à juin 1967 : Citant Goethe : « Tout ce que nous savons, c’est qu’en certains cas particuliers, les fils sensoriels de notre âme peuvent franchir leurs limites corporelles, ce qui lui permet d’avoir un pressentiment et de plonger un regard effectif dans l’avenir tout proche », le poète poursuit : « Je crois avoir saisi un certain fil conducteur qui permet, au plus solitaire des individus, de se lier à la plus collective des révolutions ». Il annonce le grand mouvement de 68, y compris ses illusions et ses excès.
  • 6 février, Ouverture par le Général de Gaulle des dixièmes Jeux Olympiques d’Hiver à Grenoble.
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Manifestation contre la guerre au Vietnam.
  • Les 7, 13, 21 février, Paris : manifestations étudiantes contre la guerre au Vietnam
  • 9 janvier, Jean-Claude Killy gagne la descente des Jeux, devant Guy Périllat.
  • 9 janvier, Manifestation à Paris contre l’éviction d’Henri Langlois à la tête de la Cinémathèque Française, dont il avait été l’un des fondateurs
  • 12 janvier, Manifestation et grèves des étudiants logés en cité universitaire, notamment à Nanterre. Ils réclament « un statut d’adulte, et non la situation de lycéens prolongés ».
  • 14 janvier, Régis Debray, jeune philosophe révolutionnaire français se marie dans la cellule de sa prison de Camiri (Bolivie). Après avoir suivi Che Guevara, de Cuba aux maquis d’Amérique latine il a été arrêté et emprisonné de 1967 à 1971. Libéré, il s’installe au Chili et devient proche de Salvatore Allende et de Pablo Neruda.

MARS

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Alexander Dubcek, premier secrétaire. du PC Tchecoslovaque.
  • Le Printemps de Prague : Série de mesures de démocratisation. Libération des prisonniers politiques. La télévision participe au débat. Discussion autour de l’idée du multipartisme.
  • 8 mars, Pologne : Varsovie et à Cracovie, des dizaines de milliers d’étudiants soutenus par des comités ouvriers se heurtent violemment à la police.
  • 10 mars, Mort du général Ailleret, chef d’Etat-major des armées et de ses collaborateurs dans un accident d’avion à la Réunion.
  • 11 mars, Affrontements entre forces de l’ordre et ouvriers de l’usine Garnier à Redon (Ille-et-Vilaine).
  • 18-25 mars, Grèves diverses à Honfleur (Calvados).
  • 18 mars, Pologne : Grève des sidérurgistes . Le 24, médiation des évêques.
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Réunion d’ Étudiants à Nanterre.
  • 22-30 mars, 142 étudiants occupent la salle du conseil de la faculté de Nanterre. Création du "Mouvement du 22 mars", animé par Daniel Cohn-Bendit. Suspension des cours.
  • 24 mars, Rugby : l’équipe de France, emmené par Walter Spangaro, bat celle du pays de Galles à Cardiff, et remporte le tournois des cinq nations en réalisant le Grand chelem.
  • 25 mars, Prague : le Général Svoboda élu Président de la République. Nouveau gouvernement. Programme d’action du Parti communiste Tchèque, dans le sens d’un « Socialisme à visage humain ».
  • Fin mars, Italie : Larges grèves étudiantes ; le 25, affrontements à l’université de Milan.
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Youri Gagarine, le premier homme dans l’espace.
  • Paris : Manifestation de lycéens, d’étudiants et d’enseignants qui réclament de nouvelles facultés en région parisienne.
    L’UNEF publie un communiqué condamnant les pratiques de violence à l’université, contre les « Méthodes terroristes » notamment du « comité de liaison des Etudiants Révolutionnaires ».
  • 28 mars , Mort de Youri Gagarine, premier homme de l’espace, lors d’un vol d’entraînement sur un avion Mig ancien.
  • 31 mars, Vietnam : Le président Johnson propose des pourparlers de paix à Hanoï, qui accepte.

AVRIL

  • 1er avril : Reprise des cours à l’Université de Nanterre. Nouveaux incidents dès le lendemain.
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A la Une de l’Humanité
  • 2 avril : Des milliers de cadres, à l’appel de la CGC, manifestent leur mécontentement et affirment leur poids dans la société.
  • 2 avril, Affrontements policiers-étudiants au Brésil.
  • 4 avril, Menphis,Tenessee : Assassinat de Martin Luther King, animateur des luttes pour les droits civiques des Noirs. Violentes émeutes aux Etats-Unis.
  • 6-7 avril : Congrès national du Mouvement de la Jeunesse communiste : pour le développement des luttes de la jeunesse, la solidarité avec le Vietnam ; contre les dangers de l’aventurisme et du gauchisme.
  • 7 avril, Jim Clark, pilote automobile deux fois champions du monde, se tue sur le circuit d’Hockenheim, à 32 ans
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Rudi Dutschke
  • 11 avril, Rudi Dutschke, leader des étudiants allemands de gauche est grièvement blessé lors d’un attentat à Berlin-ouest. Violentes manifestations en réaction. A Francfort 1500 jeunes tentent d’investir l’imprimerie du groupe de presse réactionnaire Springer.
  • 23 avril, Victoire : Henri Langlois est réintégré comme secrétaire général de la Cinémathèque, qui devient un organisme privé.
  • Fin avril, A Nanterre, meetings et manifestations se succèdent. A Paris, l’UNEF est sans direction, sous l’influence contradictoire du PSU, des différents groupes gauchiste et des communistes. De violentes bagarres opposent étudiants de gauche et d’extrême droite au Quartier latin et à Nanterre.
  • Début de la grève perlée chez Sud-Aviation à Cannes-la-Bocca

MAI

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  • Mercredi 1er mai
    Le défilé du 1er mai, interdit depuis 14 ans, reprend en 1968. Des dizaines de milliers de manifestants, très combatifs.
  • Jeudi 2 mai
    Incidents à la faculté de Nanterre, où le doyen suspend les cours. Vote à l’Assemblée nationale (à l’unanimité) de la loi accordant une quatrième semaine de congés payés.

Vendredi 3 mai Un meeting à la Sorbonne donne prétexte à son évacuation et à sa fermeture. Manifestation estudiantine au quartier latin. De 1 heure à 5 heures du matin, la police charge les étudiants. Très violents incidents ; de nombreux blessés.

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Article de Georges Marchais dans « l’Humanité » : « De faux révolutionnaires à démasquer ». Le même jour dans « le Monde », article de même tonalité de Robert Escarpit : « Rien n’est plus conformiste que la pseudo-colère d’un casseur de carreau ».

  • Guerre du Vietnam : Washington et Hanoï sont d’accord pour débuter à Paris des pourparlers de paix. La France met à disposition le Centre de conférences internationales de l’avenue Kléber.
  • Samedi 4 mai
    Nouvelle manifestation au quartier latin.
  • Dimanche 5 mai
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    Occupation de la Sorbonne

Le tribunal, réuni un dimanche, condamne 6 étudiants en flagrant délit à des peines de prison ferme.
La Sorbonne réouverte est occupée par les étudiants et ouverte au public.
Le SGEN-CFDT condamne les groupes gauchistes et l’extrême-droite : "Les actions et les appels à la violence des organisations extrémistes ou fascistes ».

  • Lundi 6 mai Meeting étudiant à la Halle aux Vins. Nouveaux affrontements au quartier latin. Premières barricades. 600 étudiants et policiers blessés. En province, mouvement de solidarité avec les étudiants parisiens. Cortèges et meetings.
  • Mardi 7 mai
    Déclaration du général De Gaulle : « Il n’est pas possible de tolérer les violences de la rue ».
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  • Mercredi 8 mai
    Débat à l’Assemblée nationale. Proposition d’amnistie pour les étudiants emprisonnés des députés communistes et FGDS. Le gouvernement en refuse la discussion.
    Très longue manifestation de la Halle aux Vins à l’Etoile, où « l’Internationale » est chantée sur la tombe du soldat inconnu. Alain Peyrefitte, ministre de l’Education nationale annonce la réouverture des facultés.
    Cinq Prix Nobel (MM. Jacob, Kastler, Wolf, Mauriac et Monod) télégraphient à De Gaulle en lui demandant de « faire personnellement un geste susceptible d’apaiser la révolte étudiante ».
    Dans l’Ouest de la France, succès du mouvement lancé par la CGT, la CFDT, la FEN et les organisations paysannes pour la défense de l’emploi.
  • Jeudi 9 mai
    Nanterre est rouvert. La Sorbonne demeure fermée. La CGT et la CFDT prennent contact avec l’UNEF. Les étudiants occupent la place Saint-Michel tandis que la police casquée barre les ponts de la Seine. C’est la conséquence née de la déception des étudiants apprenant le véto final du Gouvernement à la décision du recteur et des doyens de rouvrir les facultés.
    Occupation de l’usine Wisco à Givet (Ardennes) où la grève a démarré en avril.
    Echec des négociations Gouvernement/étudiants.

Début des négociations de Paris entre Américains et Nord-Vietnamiens. Inquiétude aux USA et à Saïgon devant l’ampleur de l’offensive Vietcong.

Passage à Paris du sociologue Herbert Marcuse qui à l’Université de Californie conteste la société de consommation.

  • Vendredi 10 mai
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    Sitting à Denfert-Rochereau

C’est le tournant du conflit. Des dizaines de milliers d’étudiants, à Paris et en province, empêchés de préparer leurs examens de fin mai et de juin par la décision de fermeture de l’Université, rejoignent alors les manifestations.

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La nuit des barricades.

_ Marche des étudiants et des lycéens jusqu’à Denfert-Rochereau. Dislocation dans l’ordre. Mais des étudiants "enragés" se regroupent en début de soirée et c’est la "Nuit des Barricades" au quartier latin. Des centaines de policiers et de gendarmes laissent s’édifier les barricades et ne reçoivent l’ordre de reprendre le terrain qu’à 2 heures 15 du matin…

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Appel du "Mouvement du 22mars".

367 blessés dont 32 graves, 188 véhicules incendiés, des rues entières dépavés…. La répression est sauvage : usage de gaz toxiques, matraquages, poursuite dans les immeubles.

  • Samedi 11 mai
    La CGT et la FEN appellent à une grève générale de protestation pour le lundi 13 mai.
    Le soir, discours d’apaisement du Premier ministre, Georges Pompidou, de retour d’un voyage en Iran et en Afghanistan. Libération des manifestants arrêtés et dépôt d’une loi d’amnistie.
  • Dimanche 12 mai
    Alors que le 29 avril une greffe du cœur tenté par le professeur Cabrol à la Pitié avait échoué, le professeur Dubost réussit une greffe du coeur sur le Révérend père Boulogne dominicain à Marseille.
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Football : Saint-Etienne, une semaine avant d’être sacré champion de France, remporte la coupe de France en battant Bordeaux 2 à 1.

  • Lundi 13 mai
    Grève générale. A Paris défilé d’un million de manifestants de la République à Denfert-Rochereau. Défilés en région. Les étudiants emprisonnés sont libérés.
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Communiqué du PCF.
  • Mardi 14 mai
    La grève étudiante gagne de nombreuses facultés et universités dans tout le pays.
    A l’Assemblée nationale, dépôt d’une motion de censure par l’opposition
    L’usine Sud-Aviation de Bouguenais (Nantes) est occupée avec séquestration du directeur.
    Grèves aux Etablissements Claas à Woppy (Moselle), aux papeteries La Chapelle à Saint-Etienne-du-Rouvray (76), dans deux filatures du Nord, une biscuiterie du Rhône, débrayage à Sud-Aviation à Cannes la Bocca et aux Etablissements Fog dans la Nièvre.
  • Mercredi 15 mai
    Taxis parisiens en grève pour 24 heures.
    Occupation du Théâtre de France-Odéon.
    Grève avec occupation et séquestration à l’usine Renault-Cléon.
    Important appel de la CGT qui définit ses objectifs : Réforme démocratique de l’Université et de l’Enseignement. Augmentation des salaires (aucun inférieurs à 600 francs).
    Abrogation des ordonnances amputant la Sécurité sociale. Plein emploi. Respect et extension des libertés syndicales.
    Assemblée générale à l’ORTF pour des "informations honnêtes".
  • Du 15 au 30 mai : Manifestations étudiantes en Italie, Belgique et Pays-Bas.
  • Jeudi 16 mai
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La Grève s’étend. 15 000 grévistes en Seine-Maritime. Rodhiacéta et Berliet dans le Rhône. Grève à Renault Billancourt et Sandouville, etc. Elle gagne la SNCF, les centres deTri PTT et les services publics.
Les étudiants veulent marcher contre l’ORTF
16 heures : Les ouvriers de Renault Flins occupent les usines.
16 h 15 : Grève illimitée avec occupation à Renault le Mans.
18 h. Le Bureau politique du PCF se déclare solidaire des grévistes, met en garde contre les "aventuristes" et propose une réunion à la FGDS
20 h 20 : A la télévision débat avec Geismar (SNESUP) , Sauvageot (UNEF) et Cohn-Bendit (Mouvement du 22 mars)
21 h : La CGT estime que la manifestation contre l’ORTF est une "provocation".
21 h 30 Allocution de Pompidou : "Face au désordre, le Gouvernement fera son devoir".
23 h : Un cortège étudiant se rend aux usines Renault de Boulogne-Billancourt. Refus des ouvriers de laisser entrer dans l’usine des étudiants extérieurs pour ne pas donner matière à provocation. Un "colloque" à donc lieu dehors.

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24 h : L’UNEF, les animateurs du mouvement étudiants, Sauvageot, Geimar et Cohn-Bendit, après le discours de Pompidou et la mise en garde de la CGT, décommandent la manifestation contre l’ORTF. La maison de la Radio se transforme cependant en "forteresse". L’assemblée générale de l’ORTF exige l’abrogation du statut actuel, la démission du Conseil d’administration et l’autonomie. L’intersyndicale crée un "comité pour le respect et l’objectivité de l’information.
Agitation chez les paysans (MODEF et FNSEA)
Le festival du cinéma de Cannes est annulé.

  • Vendredi 17 mai
    Nouvelle déclaration du Bureau Politique (BP) du PCF : Solidarité avec les travailleurs et les étudiants en lutte. Le BP réclame à nouveau un "programme social avancé", "contrat de majorité" entre partis de gauche et syndicats. "Si l’entente des partis de gauche ouvre demain une perspective claire, les jours du régime de pouvoir personnel sont comptés".
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    Piquet de grève à Genevilliers.

Déclaration de la CGT rappelant les exigences de la classe ouvrière. Le mouvement gagne toute la SNCF et la RATP dont le trafic est stoppé, mais aussi de très nombreuses entreprises, commerces et services de l’Etat avec souvent l’occupation de lieu de travail.
Des milliers de curieux envahissent chaque soir l’Odéon et la Sorbonne où le débat plus ou moins sérieux est permanent.

  • Samedi 18 mai
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    Occupation de l’Usine Renault Flins.

René Capitant (gaulliste de gauche) fait savoir qu’il votera la motion de censure.
Le général De Gaulle abrège de quelques heures son séjour en Roumanie et atterrit à 22 heures 30 à Orly. Il y avait condamné les "hégémonies", mais affirmé que l’URSS est un "pilier essentiel" de l’Europe.

  • Dimanche 19 mai
    Entretiens à l’Hôtel Matignon et à l’Elysée. De Gaulle affirme : « la réforme, oui ; la chienlit, non ! »
    Grand interview de Georges Séguy (CGT) à Europe 1.
    Boulevard Malherbes, les grévistes du dépôt d’autobus baptisent le boulevard : « L’Avenue de la Chienlit ».
  • Lundi 20 mai
    L’opposition réclame le départ du gouvernement et des « élections générales ».
    Le secrétaire général du PSU, Michel Rocard, entend profiter de la « situation révolutionnaire » en créant des comités d’action ouvriers-étudiants.
    Le PCF appelle à la constitution de « Comités d’action pour un Gouvernement populaire et démocratique ».
    Il y a désormais 9 millions de grévistes.
    Dernière soirée de programmes normaux à la télévision.
  • Mardi 21 mai
    Grève à la Banque de France.
    L’ORTF retransmet pour la première fois l’intégralité des débats sur la motion de censure à l’Assemblée nationale.
  • Mercredi 22 mai
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Grève illimitée des taxis. Des cas de reprises du travail notamment à Lille, Rennes et Toulouse
Déclaration commune CGT-CFDT – Les confédérations se déclarent prêtes à négocier avec le patronat et le gouvernement.
La motion de censure ne recueille que 233 voix (majorité à 244). 2 Gaullistes E. Pisani et R. Capitant l’ont voté. La loi d’amnistie est adoptée.
Manifestations étudiantes au quartier latin et autour de l’Assemblée nationale.

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Cohn-Bendit, qui se trouve à Berlin, fait l’objet d’une mesure d’interdiction en France.

  • Jeudi 23 mai (Ascension)
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Reprise du travail dans 3 usines de l’Ardèche.
Appel de la CGT pour deux grands défilés à Paris le lendemain.
Congrès du SNESUP _ Communiqué des syndicats de la Préfecture de Police représentants 85% de la police parisienne, des corps urbains de province et des CRS : « affirme comprendre les mobiles qui animent les salariés en grève ; souhaitent que les pouvoirs publics n’opposent pas systémiquement les policiers aux luttes revendicatives. Faute de quoi ils seraient en droit de considérer certaines de leurs missions comme autant de cas de conscience ».

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  • Georges Séguy à l’AFP « … je suis persuadé que le moment approche où ce qui est généreux, authentiquement révolutionnaire, démocratique et sincèrement animé de solidarité avec le monde du travail, l’emportera parmi les étudiants et que leur mouvement syndical pourra collaborer avec celui des travailleurs dans l’intérêt de tous ».
  • « Chine nouvelle », Pékin ( repris par les pro-Chinois à Paris) : « Les chefs des syndicats sous contrôle révisionnistes ont déclaré ouvertement qu’ils ne reconnaissent ni n’approuvent les occupations d’usines par les ouvriers, ce qui a mis en lumière une fois de plus l’odieux visage du groupe révisionniste du gang de canailles et de renégats. »
  • Paris, le soir : Manifestation au quartier latin ; une centaine de blessés. Attitude contradictoire du SNESUP désapprouvant, puis approuvant ces manifestations.
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Manifestation du 24 mai.
  • Vendredi 24 mai
    10 millions de grévistes. Apogée du mouvement.
    Des dizaines de milliers de manifestant à l’appel de la CGT dans deux cortèges de la place Balard à la gare d’Austerlitz et de la Bastille aux grands magasins.
    Mots d’ordre de "Gouvernement populaire".
  • Déclaration des milieux religieux favorables aux revendications.
  • Nuit d’émeutes : un commissaire de police est tué à Lyon ; un mort accidentel à Paris.
    Interdiction faite aux journalistes d’user de radio-téléphones. La Bourse de Paris est mise à sac.
    A Bordeaux, manifestations et barricades : 69 policiers et 40 étudiants blessés. A Grenoble, 15 000 manifestants et dans nombre de villes. Des centaines de blessés.
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    Négociations de Grenelle.

Des manifestations paysannes rassemblent au total 200 000 personnes. A Cluses (74) les commerçants décident d’accepter les « bons d’achat » signés par les comités de grève.
Pénurie d’essence
Allocution de De Gaulle, annonçant un référendum sur la participation pour le 16 juin.

  • Début des négociations « de Grenelle » au ministère des Affaires sociales. Gouvernement, CNPF et syndicats.
    Elargissement de la grève l’ORTF.
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Tract de l’UDR (Gaulliste) appelant à rejoindre les comités de défense de la République.

- Déclaration du PCF : pour le NON au référendum et vigilance face aux manœuvres contre les négociations syndicales.
François Mitterrand : « nous refusons le « plébiscite ».
Pierre Mendès-France : « un plébiscite, ça ne se discute pas, ça se combat ».
Les gaullistes mobilisent : renaissance de leurs associations, apparitions de Comités de Défense de la République.

  • Dimanche 26 mai
    Conseil des ministres
    CGT : A l’issue de la réunion de la Commission exécutive, déclaration de Georges Séguy : renforcer la grève. Vigilance contre les provocations. Rappel des revendications essentielles.
    L’association des Parents d’Elèves (500 000 familles) adjure UNEF et SNESUP de ne plus appeler à des manifestions de rue. Le gouvernement met en garde contre des groupes armées soi-disant prêt à intervenir à l’issue des rassemblements prévus.
    L’UNEF appelle à une manifestation nationale pour le lendemain.
  • Lundi 27 mai
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    Edition spéciale de l’Humanité du 27 mai.

Fin des négociations de Grenelle. Le texte du "constat" est rendu public. Les syndicats consultent. Refus des ouvriers qui le jugent insuffisant, notamment à Renault Billancourt, à Cléon, au Mans, chez Citroën, Berliet, Rodhiacéta.
Référé de la direction de Citroën demandant l’expulsion des grévistes des 8 usines de la région parisienne.
À Toulouse, taxis et artisans boulangers entrent dans la grève.
Conseil des ministres extraordinaire pour approuver le projet de loi qui sera soumis à référendum le 16 juin.

  • Meeting au stade Charléty CFDT, UNEF, PSU avec Mendès-France, en dehors des communistes et de la CGT. Discours d’André Barjonet : « Aujourd’hui, la révolution est possible.
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    Le meeting au stade Charlety.

Mais il faut s’organiser vite, très vite ». 30 000 à 50 000 personnes.
Dans ce climat de division, lettre du PCF à la FGDS : Nécessité d’une rencontre urgente et mise en route d’un programme commun. Waldeck Rochet : « Il n’est pas sérieux de prétendre aller au socialisme sans les communistes, et encore moins en faisant de l’anticommunisme, comme au stade Charléty ».

  • Mardi 28 mai
    Conférence de presse de François Mitterrand : Il sera candidat à la Présidence de la République si le « NON » l’emporte au référendum. Constituera un gouvernement restreint sans dosage ni exclusive sous la direction possible de Pierre Mendès-France.
    Alain Peyrefitte, ministre de l’Education nationale, démissionne.
    Rassemblement CGT dans toute la France (Nantes : 40 000, Toulouse : 30 000, Saint-Nazaire 25 000 , Angers : 20 000, etc…)
    Réapparition de Cohn-Bendit rentré à la Sorbonne après franchissement clandestin de la frontière allemande.
    Reprise du travail dans le textile vosgien, les Deux-Sèvres et les Yvelines.
    L’AFP en grève ;
    EDF/GDF : coupures de courant en guise d’avertissement.
    SNCF : interruption des négociations.
  • Mercredi 29 mai
    Manifestation CGT appuyée par le PCF de 15 h 30 à 20 h 30 de la Bastille à la gare Saint-Lazare, la CFDT et la FEN absente du fait du refus de participer de l’UNEF ; Refus de FO.
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800.000 manifestants dans le calme, mais tension perceptible. Mot d’ordre principal : « Gouvernement populaire ». Manifestations analogues dans toutes les grandes villes.
A 11 h 30, après avoir ajourné le conseil des ministres convoqué à 10 heures, le général de Gaulle quitte l’Elysée en hélicoptère, avec arrivée à Colombey à 18 h 15. Dans l’intervalle on apprendra sa visite en Allemagne, au quartier général des Forces Françaises de Baden-Baden où il a secrètement rencontré le général Massu, puis à Mulhouse pour une deuxième conférence avec les chefs de l’armée.
Multiples conciliabules au gouvernement, à droite et dans le courant socialiste. L’idée d’une vacance du pouvoir se répand alors même que Pompidou annonce qu’il fera une déclaration le lendemain à l’Assemblée nationale et que les gens informés connaissent certains préparatifs politiques et militaires.
21 h 10 : Mendès-France se déclare prêt à présider un gouvernement de gauche unie.

Van Dongen, le dernier des grands peintres fauves, meurt à 92 ans.

  • Jeudi 30 mai
    Le Comité Central du PCF se réunit. Demande la satisfaction des revendications. Pas de replâtrage du gaullisme ni de « 3ème force », mais un changement radical sur la base d’un programme d’union.
    Conseil des ministres de 15 h à 15 h 45
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Jeudi 15 Mai 2008

1848 / 2008, 160ème anniversaire du manifeste du Parti communiste :

Intervention de Jacques Giraud


14 mai 2008

En 1848, Marx et Engels, face aux débuts de l’organisation capitaliste et des rapports sociaux, posent la question de leur évolution et de la disparition du capitalisme. Ils estiment que le capitalisme porte en lui le communisme comme issue. Marx et Engels, par la suite, cherchent à comprendre son fonctionnement et les luttes à mener pour changer les rapports sociaux. Ainsi se constitue le marxisme enrichi périodiquement par les militants, par les organisations communistes et socialistes, par les luttes ouvrières, par les chercheurs de diverses disciplines.

Selon Marx et Engels, l’organisation communiste inspire théoriciens et luttes sociales. Le marxisme fournit pendant plus d’un siècle les moyens d’analyser, de lutter et d’espérer.

S’en réclament deux grandes familles politiques, les socialistes et les communistes. Je me bornerai ici au rapport, pour les seuls communistes, entre la conception doctrinale et le développement des organisations.

Les conceptions doctrinales résultent de la rencontre entre des réflexions intellectuelles dans le monde et les manifestations des organisations politiques ; en découlent ce qu’il est convenu d’appeler les lignes politiques. De 1919 à 1943, une instance internationale conquiert la prééminence, l’Internationale communiste. Les sections nationales doivent répercuter dans les divers pays la ligne.

Mais cette impulsion ne va pas sans difficulté. Ainsi, pour le seul cas français, lors du congrès de Tours en décembre 1920, la majorité accepte la politique de l’Internationale communiste sans pour autant abandonner la tradition révolutionnaire française. Paul Vaillant-Couturier indique, avant la lecture du manifeste favorable à l’IC, que « l’œuvre qui s’impose à notre Parti est énorme ». Le nouveau parti doit poursuivre l’exemple des grands ancêtres et s’en montrer digne. Vaillant-Couturier en cite quatre : Babeuf, les hommes de juin 1848, la Commune, Jaurès. Comment concilier cette tradition nationale et la nouveauté qu’entendent définir l’Internationale et sa section nationale ? Nous avons ici une des explications des premières années de la vie politique difficile du communisme français. Ces caractéristiques se manifestent en grande partie, sous une forme différente, moins autoritaire, jusqu’à la fin de la guerre froide, à la fin des années 1950.

Dans cette période, une rencontre se produit entre la ligne politique et la société française. Comptent beaucoup pour comprendre la vie d’un mouvement politique les mécanismes de son implantation. S’implanter pour une force politique vise à organiser les fondements d’une influence plus ou moins durable.

Une mise en garde s’impose. Souvent vient comme explication la distinction entre facteurs favorables et facteurs défavorables. Il y aurait des corrélations menant à des déterminismes ayant valeurs explicatives. A mon avis, sans nier le rôle de l’environnement, une force politique doit tenir compte d’autres éléments, parfois mesurables, parfois de nature plus difficile à définir, relevant de la conjoncture ou d’une réponse adaptée de l’organisation aux questions qui se posent dans la société.

Détaillons un peu à partir d’un balayage des quatre-vingts dernières années du communisme en France et dans le Sud-Est.

L’implantation se mesure : les élections, les sondages d’opinion à partir des années 1950 fournissent des photographies permettant de déterminer les modifications.

Les élections se diversifient du conseil municipal à la présidence de la République. Les enjeux politiques diffèrent et pourtant des continuités, des bastions ou des zones de faiblesse se développent.

L’opinion mesurée par les instituts de sondage ou approchée par les études de sciences politiques permettent de déceler les continuités, les résistances, les effets de la mémoire, les conséquences des dissidences ou de anciennes fidélités. Un seul exemple : l’assimilation durable faite par l’opinion publique entre militants porteurs des idées communistes et les éléments d’une ancienne fidélité, maintenant rejetés, du passé d’un communisme conquérant.

L’organisme implanteur se modifie. La création de cellules associant dimension locale et professionnelle constitue l’originalité du communisme français. Elles contribuent à la politisation populaire en diffusant une ligne politique. Ces phénomènes collectifs, malgré leur cohérence, se conjuguent avec des individus très variés, du militant en passant par l’adhérent sans carte ou le sympathisant.

L’implantation se produit dans un milieu social, stable pendant des dizaines d’années, qui, depuis les années 1960, connaît des bouleversements. Le monde ouvrier et la paysannerie constituent d’abord les principales forces de la société française. Les conséquences des bouleversements sociaux du dernier demi-siècle ont été insuffisamment analysés. Pourquoi ? là se pose la question de la formation théorique des militants, de la dimension idéologique. Les changements ont été mal perçus au moment où ils se produisaient, – et là se pose la question de la recherche en sciences humaines et sociales, qui, a longtemps été considérée, et théorisée par le Comité central d’Argenteuil en 1966, comme dépendante de la ligne politique. Certes des modifications se sont produites par la suite, mais les énergies, les intelligences avaient d’autres sujets. Bref le renouvellement de la demande sociale s’accélère. Les mécanismes constitutifs de l’implantation se compliquent, se craquellent.

L’implantation s’est traduite par des créations de zones exemplaires, par des initiatives de municipalités en matière de logements, de santé, de cadre de vie, de culture, accompagnées par les réalisations des comités d’entreprises, le plus souvent dirigés par des militants communistes. Les éléments matériels de la nouveauté, de l’innovation, de la transformation sociale concrétisent ce qui relevait de l’idéal, de l’utopie, de l’espérance. Les communistes les ont incarnés. Leur radicalité explique leur permanence dans les luttes pour un changement. Depuis, des imitations, souvent réussies, inspirées par d’autres forces politiques diminuent la portée réelle des interventions communistes.

Je me garderai bien de formuler une certitude de continuité ou d’échec en utilisant mes connaissances historiques qui m’assureraient une autorité. La démarche d’un Historien peut faire comprendre le rapport entre les propositions, les actions et les perceptions contemporaines des communistes. L’histoire fait partie d’une formation idéologique indispensable que ne devraient pas négliger les militants politiques à tous les niveaux de responsabilité.

Jeudi 15 Mai 2008

 

1848 / 2008, 160ème anniversaire du manifeste du Parti communiste :

Intervention de Roger Martelli

Communisme : les usages sociopolitiques contemporains


14 mai 2008

Il n’est pas si facile de cerner les usages contemporains du terme de communisme. Par commodité, je suggérerai ici trois grands champs de son utilisation.

1. L’usage dominant rabat le terme de communisme sur les formes étatiques qu’il a prises au XXe siècle : on parle d’États communistes, de bloc communiste, de régimes communistes. Sans doute ce qualificatif peut-il être à juste titre récusé : la tradition trotskiste a toujours dénoncé la « dégénérescence » de l’État ouvrier et beaucoup de communistes expliquent aujourd’hui que ces régimes n’avaient rien de communistes, au mieux s’en tenaient à l’étape dite « socialiste », au pire contredisaient l’idéal communiste. Sans doute y a-t-il du vrai dans ces propos ; il n’en reste pas moins que ces négations pratiques de l’idéal ont été le fait de partis communistes, de militants communistes et qu’elles se sont accomplies au nom du communisme. C’est sur ce constat simple que s’appuie l’idéologie dominante pour superposer entièrement le concept de communisme et la réalité des pouvoirs exercés en son nom. C’est ainsi qu’elle associe le terme de communisme à d’autres, ouvertement dépréciatifs : celui de « stalinisme » (dont la pensée anticommuniste explique qu’elle n’est pas une perversion du communisme mais sa vérité profonde) ou celui de totalitarisme (qui fonde la condamnation, dans un même ensemble indifférencié, des fascismes et du stalinisme, des crimes staliniens et du génocide nazi).

2. Le second champ d’usage s’écarte des systèmes de pouvoir et se concentre sur l’action collective construite autour de la référence idéologique au communisme. Le « communisme » fonctionne alors comme un terme politique désignant une prise de parti, une position occupée dans l’espace politique. Cette position peut se définir positivement ou négativement. On s’autodéfinit soi-même comme communiste par distinction avec les autres postures, surtout les plus proches : on est « communiste » parce que l’on n’est pas « socialiste » ou « radical ». En gros, on est communiste parce qu’on adopte le choix « révolutionnaire » et non pas l’option « réformiste », qu’on est pour la rupture avec l’ordre dominant et non pour l’adaptation à ses normes et à ses règles.

Cette prise de parti a connu un bonheur variable dans les pays du capitalisme dit « avancé ». Très souvent, elle a bénéficié d’un espace d’influence réduit, parfois marginal. Ce n’a pas été le cas en France jusqu’à présent. Sans doute parce que le communisme politique a été en quelque sorte « inventé » en France. Sans doute aussi parce que le socialisme des origines (celui de la charnière des XIXe et XXe siècles) s’est inséré directement dans une tradition démocratique et plébéienne qui n’a jamais été elle-même marginalisée (la France est en effet entrée dans la modernité bourgeoise, non par le fait d’une révolution par en haut, mais sur la base d’une révolution à la fois « en haut » et « en bas »).

En tout cas, la grande originalité française a été que le communisme s’est identifié massivement à un parti politique (le PCF) qui a occupé une place centrale à gauche entre 1945 et 1981. Il y a toujours eu du communisme en dehors du PCF : celui des autres héritiers du bolchevisme qu’ont été par exemple les trotskistes ; celui aussi des communismes non-marxistes, représentés par exemple par les anarchistes de l’Alternative libertaire. Mais ces communismes ont longtemps été marginalisés et soigneusement occultés ou violemment refusés par le PCF lui-même. En bref, si l’on raisonne en termes de masse, le communisme politique en France a longtemps fait corps, pour l’essentiel, avec l’espace du communisme français. Quand on parlait d’espace communiste, d’électorat communiste, de culture communiste ou de communisme municipal, c’est à l’espace marqué directement par la présence et l’action du PCF.

3. Enfin – et c’est le troisième champ d’usage – le communisme moderne renvoie de façon plus savante à l’héritage théorique et politique de Marx. Cet héritage, bien sûr, est complexe et inclut des éléments très différents. En général, la prise communiste de parti s’est associée, dans des combinaisons différentes, des conceptions de la société et de ses dynamiques, des conceptions de la révolution et des conceptions de l’action collective et du « parti ». Impossible donc de simplifier ce qui n’est que complexité. J’ai pourtant l’impression que quatre éléments constituent une sorte de « noyau dur » de délimitation du communisme sur un peu plus d’un siècle et demi. Ces quatre éléments sont autant de convictions ou d’affirmations.

La première conviction est que le capitalisme n’est pas la fin de l’histoire mais la forme la plus élaborée des sociétés de classe fonctionnant sur les registres de l’exploitation et de l’aliénation. Qui veut obtenir la justice et la liberté (c’est le coeur des déterminations de gauche) doit donc se placer dans la perspective d’un au-delà du capitalisme, dans un non-capitalisme, dans une perspective de mise en commun (le communisme) et non d’appropriation par quelques uns.

La seconde conviction est que cette construction d’un monde post-capitaliste passe, non par une adaptation au système dominant, mais par son dépassement-abolition et donc par une « révolution ». Sans doute considère-t-on au XIXe siècle que cette révolution sera presque inévitablement violente, mais l’essentiel est moins la forme du processus que le contenu de rupture qu’il est censé accomplir.

La troisième conviction est qu’il ne peut y avoir de dépassement et de révolution sans leviers pour les rendre possibles dans la pratique. Il convient donc, à chaque moment, de définir les forces sociales qui servent de point d’appui (en 1848, le prolétariat ouvrier), la critique sociale concrète par laquelle elles agissent (la « lutte des classes ») et les formes collectives qui font de la classe un sujet historique et non pas une simple catégorie sociologique (au XIXe et au XXe siècles, le mouvement ouvrier).

La quatrième conviction est que le communisme ne peut pas être un « mouvement réel » s’il ne s’inscrit pas en action collective. Pas de communisme et pas de communistes sans « parti communiste ». Ce collectif de communistes peut prendre des formes extrêmement variables ; l’essentiel est que les « communistes » se constituent en collectif assumé, fût-ce à l’intérieur de structures qui ne se définissent pas expressément comme communistes.

Au sens strict du terme, sont »communistes » celles et ceux qui, dans la diversité de leurs formes d’existence et de conscience, font leurs ces quatre affirmations.

4. J’ai pour l’instant évoqué un terme dont un peut décrire les usages, de façon plus ou moins raffinée. Mais le communisme n’est pas seulement une question de mots. C’est une construction historique, dans des contextes particuliers. À chaque moment, le communisme se décline à partir de grands enjeux : autour de ces enjeux, il appartient aux communistes, qu’ils soient ou non membres d’un « parti communiste » institué, de faire des choix politiques. Aujourd’hui, je perçois trois enjeux principaux à cette construction et à ces choix.

4.1. Le premier enjeu tourne autour de la modernité ou de l’obsolescence du parti pris communiste lui-même. On peut plaider l’idée que le communisme est une étape de l’histoire humaine, ouverte par la première révolution industrielle et refermée par le double effet des mutations technologiques (la montée du capitalisme « informationnel », « cognitif » ou « de services » au détriment du capitalisme industriel) et de la chute des systèmes communistes de l’Est européen. Si cette hypothèse est vraie, il est naturel de s’assigner pour tâche d’élaborer de nouvelles synthèses, de définir d’autres « paradigmes », à partir de l’écologie par exemple. Dans ce cas, l’éloignement global à l’égard de toute référence au communisme, théorique ou pratique, paraît rationnelle.

Mais on peut penser au contraire que la posture communiste est plus moderne aujourd’hui qu’elle ne l’était en 1848 quand Marx et Engels écrivaient le Manifeste du Parti communiste. En leur temps, le capitalisme était à ses débuts dans sa forme industrialo-financière dominante ; il était inséré dans des sociétés encore largement marquées par l’Ancien régime féodal et rural. Or que décrivaient nos deux jeunes intellectuels allemands ? Un capitalisme universalisé étendu à l’ensemble du globe, une marchandise dont l’empire s’est étendu à toutes les sphères de la vie sociale, où l’égoïsme de la concurrence s’est imposé comme le maître suprême de l’ordre social. Ce qu’ils décrivent, comme par anticipation, ce n’est pas leur capitalisme mais le nôtre. Quand la norme du capital devient à ce point le régulateur général de toute forme sociale, il n’y a rien de plus réaliste, pour qui veut corriger les méfaits du système, que de s’attaquer aux mécanismes fondamentaux qui les produisent. Le problème est que, si cette intuition est vraie, elle nous place devant un étonnant paradoxe : le parti pris communiste est moderne, mais le communisme politique est dans une crise sans précédent. À peu près partout, en tout cas dans les pays de capitalisme « avancé », le communisme politique est affaibli, porté vers les marges de l’influence politique.

4.2. Le deuxième enjeu est donc de comprendre les racines et la portée d’une telle crise. Là encore, il y a deux grands types de réponse possible. On peut considérer que cette crise n’est qu’un moment passager, lié à l’effondrement de l’URSS et des pouvoirs « communistes ». Il ya un communisme et un seul depuis le milieu du XIXe siècle et l’exacerbation des contradictions capitalistes finira bien par faire revenir le balancier du bon côté. L’Histoire procède toujours par grands cycles : celui que nous est défavorable ; un cycle plus fécond reviendra, dans un laps de temps plus ou moins long. Mais on peut aussi adopter un autre point de vue qui part de l’idée que le communisme, phénomène inscrit dans la longue durée (à la limite, il n’est « né » ni en 1917 ni en 1848), n’existe que sous des formes particulières différentes selon les périodes. Au début du XXe siècle, entre le Que faire ? de Lénine (1902) et la mise en place du mouvement communiste, émerge une phase que l’on peut qualifier de « bolchevique », appuyée à la fois sur une conception de la révolution et sur une conception du parti. Au-delà des péripéties particulières, la crise actuelle du communisme indique que nous sommes arrivés à la fin de la phase « bolchevique » du communisme politique.

Si l’on suit la première réponse (la crise est un moment conjoncturel), il n’y a pas lieu d’introduire une nouvelle rupture dans l’histoire communiste : il faut procéder à des adaptations, mais pas à une révolution interne ; sur le fond, il suffit de continuer, éventuellement en faisant le dos rond, en attendant des conjonctures plus favorables. Mais si on choisit la seconde piste de réponse (nous sommes arrivés à la fin d’une période du communisme politique), on doit au contraire considérer que le temps est venu, comme au début du XXe siècle, de faire entrer le communisme politique dans une ère franchement nouvelle. Il a été dit tout à l’heure que le communisme politique se structurait autour de quatre grandes affirmations. Si l’on suit la première piste, il suffit de répéter à l’identique ces quatre convictions ; si l’on suit la seconde, il faut tout à la fois considérer que les affirmations fondatrices sont vraies et qu’il faut les reformuler de fond en comble : la manière dont on peut « dépasser » le capitalisme jusqu’à sa négation complète ; la manière dont se construit en pratique la négation du capital contemporain ; la pratique politique collective qui rend possible cette négation et les formes qui peuvent faire vivre le communisme politique dans la situation historique nouvelle.

4.3. On rencontre là le troisième enjeu fondamental de définition concrète du communisme contemporain. C’est celui de la force communiste elle-même. Depuis 1848, avons-nous dit, la référence au communisme est inséparable de celle d’un « parti communiste » : pas de communisme sans collectif de communistes. Mais la forme prise par ce collectif n’a pas été toujours la même. Quand Marx et Engels évoquent le « parti communiste » de leur titre, ils n’ont pas en tête les partis communistes concrets auxquels nous nous sommes habitués au XXe siècle. Quand ils écrivent, les partis politiques n’existent même pas. Au moment où se met en place la première forme organisée de communisme politique, la Première Internationale, elle a plus la forme d’un réseau d’associations diverses, partisanes ou non (syndicats, associations diverses) que celle d’un parti politique proprement dit. Au XXe siècle, nous nous sommes accoutumés à une forme très centralisée et hiérarchique de PC, sur le modèle de fonctionnement de l’État. Cette forme était cohérente avec la fonction qui était alors assignée au parti : constituer une avant-garde « savante » (capable de décrypter les contradictions de la réalité), en mesure de donner au peuple la « conscience révolutionnaire » qui lui manque et capable de le guider vers une prise de pouvoir dont on subodore qu’elle sera violente, compte tenu de la résistance des classes dirigeantes.

Si la conception de la révolution (non pas sa nécessité mais ses formes) a changé du tout au tout, comment la conception même du parti communiste pourrait-elle s’inscrire dans la seule continuité. Si l’on ne peut plus « faire la révolution » dans les formes que l’on s’était si longtemps imaginées, comment ne pas envisager une rupture dans l’histoire du communisme au moins aussi profonde que celle qui s’est accomplie autour du grand exemple russe, autour de la Première Guerre mondiale ?

Et si l’on adopte cette démarche, alors les communistes contemporains ne peuvent pas éviter une double question. La première touche au fond de la définition même du communisme politique ; autour de quel projet, de quelle culture politique, de quelles pratiques, de quelles structures collectives construire de la dynamique politique proprement communiste ? Mais il vient aussitôt une seconde question. Ce qui a fait la force du communisme politique en France a tenu à ce que, entre le milieu des années trente et la Libération, il est parvenu à occuper une place centrale à l’intérieur du mouvement démocratique français ; en une décennie, il est passé d’un espace électoral national de 9% environ à une influence tournant, comme on l’a vu, autour de 20-25% de l’électorat ; de 1945 à 1978, le PCF est la première force à gauche et de loin. Pendant toute une période, la reconnaissance de la place du PCF était une manière de se situer franchement à gauche sur l’échiquier politique français. On choisissait le PCF parce que l’on s’y reconnaissait socialement (l’expression par excellence de la condition ouvrière) et parce que l’on y voyait le parti le plus à gauche et le mieux à même de rassembler la gauche.

Cette situation n’est plus du tout celle que nous connaissons : la vocation à rassembler majoritairement a été transférée sur le PS ; la position reconnue la plus à gauche a été transférée sur ce que l’on appelle couramment « l’extrême gauche ». En gros, l’influence communiste a été à ce point rognée sur sa gauche et sur sa droite qu’elle s’est marginalisée électoralement, à un point qui n’avait jamais été atteint, même aux périodes de plus grand sectarisme de l’avant-guerre. De ce fait, les communistes sont confrontés à un dilemme redoutable, qui mérite examen attentif et qui ne peut pas faire l’objet d’une réponse a priori. Comment faire en sorte que le collectif communiste puisse exister et qu’il puisse marquer de son empreinte l’espace de la transformation sociale qui, en France, n’a jamais é